Place du Centenaire

Une place de l'église

Le village de Vernayaz se trouve dans la vallée du Rhône en Valais, dans le district de Saint-Maurice. Cette région se caractérise par des coteaux pentus, couverts de forêts denses. De petits villages espacés occupent la plaine, qui était jusqu'à récemment encore en marais et marquée par les crues régulières du Rhône. La végétation luxuriante d’aulnes et de saules témoigne encore de la présence de l'eau proche de la surface. Le village de Vernayaz emprunte d’ailleurs son nom à l'aulne (ou verne).

La vallée est un des liens importants entre l'Europe centrale et l'Italie, elle donne accès aux cols du Grand St Bernard et du Simplon et de ce fait est connue depuis toujours par les voyageurs. Deux groupes d'étrangers traversaient ou visitaient la région et l’ont influencée de manière significative. L'un était des pèlerins chrétiens qui voyageaient sur la Via Francigena de Canterbury à Rome. La présence de croix de pierre au bord de la route, de monastères et hospices offrant l'hébergement aux pèlerins, témoigne de cette activité qui a façonné le paysage, spirituellement et physiquement. Le deuxième groupe était celui des touristes, principalement des anglais, qui du 18ème au début du 20ème siècle fréquentaient la région et lui attribuaient encore une autre dimension et lecture : celle du sublime et du terrible. Le paysage a été remodelé dans une certaine mesure par l'esthétique du gothique, les traces des pèlerins ayant apporté une contribution non négligeable à ce processus. Ceux qui voulaient lire le paysage d’une manière gothique, pouvaient s’exalter pour les falaises abruptes, les ruines des fortifications, pour chaque croix, chaque arbre tordu. Pour tous les autres c'était juste le paysage ou le pays d’origine. Anthony Vidler se réfère à Sigmund Freud quand il décrit la transformation du familier, de l'intime, en l’inquiétant (Anthony Vidler The Architectural Uncanny, Cambridge 1992, p.7: « For Freud, ‘unhomeliness’ was more than a simple sense of not belonging ; it was the fundamental propensity of the familiar to turn on its owners, suddenly to become defamiliarized, derealized, as if in a dream.»).

Le projet pour la place de l’église de Vernayaz rassemble des éléments familiers du paysage en un seul endroit et raconte une histoire qui aurait déjà pu se produire ici : un étang, quelques aulnes, un mur, un relief avec trois saints. Une surface circulaire de terrazzo noir constitue le centre excentrique de la place. Comme la nappe phréatique qui monte souvent à Vernayaz, cette surface se remplit d'eau deux fois par jour et devient ainsi pendant plusieurs heures un miroir reflétant l'église, la falaise boisée et les maisons voisines. Des aulnes noirs en cépée définissent le côté sud de la place et poussent même dans le nouvel étang. La taille inattendue de 18m de diamètre de ce plan d’eau au centre du village, crée un moment de sublime, comme il ne s'en trouve généralement que dans la nature. Conjointement avec l'église néo-gothique cette surface d’eau connote le culte des sources de l'époque païenne, leur appropriation et transfert aux coutumes du christianisme. Le lieu est de nouveau chargé de différentes dimensions et libéré de son entropie d’autrefois.

Un nouveau mur, avec une couronne pointue traditionnelle, accompagne les aulnes et crée avec les arbres matures un volume ombragé, en contraste avec l’étendue de la place. Un relief en pierre de trois saints, initialement mal placé le long de l'église, a été intégré comme spolia dans le nouveau mur. Ce relief du sculpteur Casanova de Monthey faisait autrefois partie d’une fontaine de Vernayaz enlevée au cours de précédentes rénovations. Saint-Joseph, Sainte-Thérèse et Saint-Antoine regardent à nouveau au-dessus de l'eau.

Programme
Place publique
Lieu
Vernayaz, VS
Surface
2'150m2
Année
Concours 1er prix 2012, projet et exécution 2012
Maître d'ouvrage
Commune de Vernayaz
Procédure
Concours
Ingénieur civil
Kurmann & Cretton SA
Spécialiste en plantation
Alfred W. Forster
Photographe
Régis Golay